Sunar Yazicioglu

17 décembre 2009

Merhaba

 

 

 Sunar'ın yeri

 

 


 

Bonjour! Je vous salue avec un poème de Necati Cumalı.

 

 


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LA NOUVELLE POESIE TURQUE

 

Pourquoi suis-je aussi puèril ?

Ces jours-ci, je n'ai pas quinze ans,

J'aime de nouveau les fleurs

Je choisis mes plats avec soin.

                ***                  

Et cette curiosité de petits objets,

Fume avec joie, prends mon café

Et mets de l'ordre dans ma chambre

Et ris sans cause. Je suis heureux.

                                    Necati CUMALI

 

 

Nedir bende bugünlerdeki

bu onbeş yaşındaki çocuk hali?

Çiçeklere duyduğum bu sevgi?

bu küçük eşya merakı?

            ***

Böyle uzun uzun seçişim yemeklerimi

Sigaramı, kahvemi keyifle içişim?

Ve böyle yerleştirip odamı

Hiç yoktan gülüşüm, sevinişim.

                                            Necati CUMALI

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Orhan Veli KANIK

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Ce beau temps a causé ma perte

Par beau temps j'ai quitté mon emploi

Au bureau des Dons et Legs. 

Par beau temps j'appris à fumer,

Par beau temps devins amoureux;

Par beau temps oublier m'advint

D'apporter pain et sel chez moi;

Et par beau temps rechute fis

Dans ma maladie de rimer:

Ce beau temps a causé ma perte.

 
                                      Orhan Veli KANIK

 

Beni bu güzel havalar mahvetti,

Böyle havada istifa ettim

Evkaftaki memuriyetimden. 

Tütüne böyle havada alıştım,

Böyle havada âşık oldum;

Eve ekmekle tuz götürmeyi

Böyle havalarda unuttum;

Şiir yazma hastalığım

Hep böyle havalarda nüksetti;

Beni bu güzel havalar mahvetti.

 

                                 Orhan Veli KANIK

                           



Orhan Veli Kanik est né le 13 avril 1914 à Istanbul. Il passa son enfance à Istanbul.
Il entre comme interne au lycée francophone de Galatasaray . Orhan Veli y est un brillant élève et montre un intérêt tout particulier pour la langue et la culture françaises.
Avec Oktay Rifat et Melih Cevdet Anday, il publie au Lycée une petite revue intitulée Sesimiz (Notre voix).
A sa sortie du Lycée il s’inscrit à la Faculté des Lettres pour des études de philosophie. Tout en assistant aux cours, il occupe un poste de professeur-adjoint au lycée de Galatasaray.
C’est vers cette époque que Orhan Veli se prend de passion pour les courses de chevaux.
Il interrompt ses études à la Faculté en 1936 et s’installe à Ankara où il trouve un travail au bureau de la réglementation internationale de la Direction des Télégraphes.
En 1939, il a un grave accident d’automobile : la voiture tombe du sommet de la colline du barrage de Çubuk, près d’Ankara. Orhan Veli reste dans le coma pendant vingt jours.
En 1941 est publié Garip (Etrange), recueil de poèmes écrit en collaboration avec Melih Cevdet Anday et Oktay Rifat. Ce livre suscite de vives réactions parmi lesquelles se mêlent les attaques et les éloges.
Après sa démobilisation, Orhan Veli entre au bureau de traduction du Ministère de l’Education Nationale. Il publie de nombreuses traductions de textes littéraires français dans la collection de Traductions de la Littérature Mondiale créée par ce Ministère: œuvres de Molière (Tartuffe, Le Sicilien ou l’Amour peintre, Les Fourberies de Scapin), de Musset (Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, Barbarine), de Lesage (Turcaret).
En janvier 1949, il commence à publier à Ankara une revue littéraire, Yaprak (Feuille), qui paraîtra jusqu’au 15 juin 1950. Il en assume à lui seul presque toute la gestion.
Durant la nuit du 10 novembre 1950, alors qu’il marchait dans les rues d’Ankara, dans un état d’ébriété avancée, il tombe dans une excavation que la Municipalité avait fait creuser dans la chaussée en vue de travaux de réfection. Il n’est blessé que légèrement, à la tête. Deux jours plus tard, il se rend à Istanbul.
Le 14 novembre, déjeunant chez un ami, il a un malaise. Il est transporté à l’hôpital  alors qu’il souffre d’une hémorragie cérébrale. Vers le soir il entre dans le coma et il rend le dernier soupir.
       

 

J'ECOUTE ISTANBUL

 

J'écoute Istanbul, les yeux fermés
D'abord une brise légère doucement;
Tout doucement se balancent
Les feuilles sur les arbres dans le lointain,
Tout au loin
Les cloches obstinées des porteurs d'eau
J'écoute Istanbul, les yeux fermés.


J'écoute Istanbul, les yeux fermés
Tandis que passent les oiseaux
Tout là-haut, par longues bandes criardes
Dans les pêcheries on tire les filets
Les pieds d'une femme baignent dans l'eau
J'écoute Istanbul, les yeux fermés.

J'écoute Istanbul, les yeux fermés
Les voûtes du bazar sont fraîches, si fraîches
Mahmut Pacha est tout grouillant de monde
Les cours sont pleines de pigeons.
Des bruits de marteaux montent des docks
Dans le vent doux du printemps flottent des odeurs
de sueur
J'écoute Istanbul, les yeux fermés.

J'écoute Istanbul, les yeux fermés
Une yali aux sombres embarcadères
Dans sa tête, l'ivresse des plaisirs d'autrefois
Dans les ronflements des vents du sud apaisés
J'écoute Istanbul, les yeux fermés.

J'écoute Istanbul, les yeux fermés
Une beauté marche sur le trottoir
Quolibets, chansons, ballades, moqueries
Quelque chose tombe de sa main
Ce doit être une rose
J'écoute Istanbul, les yeux fermés.


J'écoute Istanbul, les yeux fermés
Un oiseau bat des ailes autour de ta  robe
Je sais si ton front est tiède ou frais
Si tes lèvres sont humides ou sèches, je sais
Une lune blanche se lève derrière les pins
Je perçois tout du battement de ton cœur
J'écoute Istanbul.

                                                          Orhan Veli KANIK

 

 

 

 

 

Pour vous, hommes, mes frères
toutes choses sont pour vous
La nuit est pour vous
et le jour est pour vous
la lumière du jour et la clarté de la lune
les feuillages dans la clarté de la lune
l’inquiétude des feuilles
la sagesse des feuilles
les verts innombrables dans la lumière du jour
Les jaunes sont pour vous
et les roses
le contact de la main sur la peau
sa tiédeur
sa douceur
le réconfort d’être couché
Les bonjours sont pour vous
et pour vous les mâts qui se balancent dans le port
les noms des jours
les noms des mois
Les couleurs des barques sont pour vous
et pour vous les pieds du facteur
les mains du potier
la sueur qui coule des fronts
et le plomb qui jaillit des fusils
Pour vous les cimetières
les pierres tombales
les prisons, les menottes
les peines capitales
Pour vous
toutes choses sont pour vous

               Orhan Veli KANIK


Poème de la solitude

Ils ne savent pas
ceux qui ne vivent pas seuls
comme le silence fait peur
comme l’homme solitaire se parle
comme il court vers les miroirs
en quête d’un être vivant
Ils ne savent pas

                 Orhan Veli KANIK

Epitaphe

Rien ne le fit souffrir au monde
Autant que cors et durillons,
Sa laideur même, irréparable,
Ne pouvait l’affliger autant.
Et quand parfois dans ses chaussures
Il lui arrivait d’être à l’aise,
Oubliait d’en remercier Dieu.
Pourtant n’était ce qu’on appelle
Pécheur ancré dans son péché.
Ci-gît Süleyman Efendi,
Quelle pitié que sa triste vie!


Aventure

J’étais petit, tout petit
j’ai lancé ma ligne à la mer
soudain les poissons se sont assemblés
j’ai vu la mer
J’ai fait un cerf-volant, orné et chamarré,
sa queue était couleur d’arc-en-ciel
soudain je l’ai lancé dans l’air
j’ai vu le ciel


                    Orhan Veli KANIK

                              

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18 décembre 2009

Cahit Külebi

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Cahit Külebi né à Zile en 1917, il fit ses études à la Faculté des Lettres.Il a été professeur de littérature au lycée, puis sous-directeur au Conservatoire d'Etat.Il a chanté avec une émotion sincère, les beautés de son pays, la  joie de vivre.
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Istanbul

Les camions passent de melons chargés,
Et moi pensais à elle sans cesse.
Les camions passent de melons chargés,
Et moi pensais à elle sans cesse;
Moi qui jadis à notre maison à Niksar
Etais libre comme un oiseau.

Tout cet univers familier
Un beau jour s'écroula soudain.
Tout cet univers familier
Un beau jour soudain s'écroula;
Et les saisons se succédant,
Il me fallut tout oublier.

Ce lieu me devint étranger,
Chacun s'en fut en me raillant.
Ce lieu me devint étranger,
Chacun  en me raillant s'en fut;
Et les camions passent toujours,
Mais en moi la chanson s'est tue.

                      Cahit Külebi

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Cahit Sıtkı TARANCI

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Cahit Sıktı Tarancı est né à Diyarbakir le 4 octobre 1910. A la demande de ses parents, il est envoyé à Istanbul à l'âge de 14 ans afin d'y poursuivre ses études après l'école primaire. Après le collège Saint Joseph, il continue ses études à Galatasaray, lycée francophone (1931), il fréquente l'école des sciences politiques (1931-1935), et part pour la France pour étudier à la faculté des sciences politiques de Paris grâce au journal Cumhuriyet -la République- (1939). Pendant ses études à Paris, il est présentateur des émissions en turc à la Radio de Paris.
A ce moment là la deuxième guerre mondiale éclate. Il poursuivait ses études quand les Allemands entrent dans Paris. Il lui faut fuir. Un seul lieu est en sécurité en Europe, la Suisse. Il est impossible de passer la frontière en voiture. Il achète une bicyclette et franchit les Alpes (1940).
Après la service militaire, il travaille comme fonctionnaire et traducteur dans différentes organisations (1944).
A la suite d'une grave maladie (1954), quand les traitements n'ont plus agi, il est emmené à Vienne où il meurt dans un hôpital. Son tombeau est à Ankara.
Ses thèmes sont la mort, l'amour, la nature, le passé, les secrets..
Pendant qu'il était élève au lycée ses premiers poèmes sont parus dans les revues de Muhit et Servetifünun. Dans un concours de poème, "Trente cinq ans" remporte le premier prix; sa renommée se répand dans tout le pays (1946). Il a écrit dans les revues de Varlık, Istanbul et Doğuş. Ses recueils de poèmes sont: Ömrümde -Dans ma vie (1933), Otuz beş yaş- Trente cinq ans (1946), Düşten güzel- Plus beau que le rêve (1952), Sonrası - Plus tard (1957), Tous ses poèmes (1983), recueillis par Asım Bezirci après sa mort.


                                                                                                                   

TRENTE CINQ ANS

L'âge trente cinq! C'est la moitié de la route
Comme Dante nous sommes au milieu de la vie
Substance que nous avions à l'époque d'adolescent
Supplier, implorer est en vain aujourd'hui
Va sans regarder les larmes de tes yeux.

A-t-il neigé à mes tempes, qu'y a-t-il?
Est-ce à moi, mon Dieu, ce visage ridé?
Et les cercles violets sous les yeux?
Pourquoi vous me paraissez ennemi comme ça?
Les miroirs que j'ai connus amis tant d'années?

Avec le temps comme change l'homme!
Quand je regarde mes images, ce n'est pas moi.
Où sont ces jours-là, cette envie, cet enthousiasme?
Je ne suis pas cet homme au visage riant;
c'est faux que je suis sans souci, c'est faux.

Notre premier amour, c'est des choses vagues;
son souvenir même nous est étrange
Les chemins se sont séparés avec les amis
qui avaient commencé ensemble la vie
Notre solitude augmente à chaque jour.

Le ciel a eu une autre couleur!
J'ai remarqué tard que la pierre est dure.
Que l'eau noie, que le feu brûle!
L'homme comprend quand il vient à cet âge
que chaque jour qui nait est une douleur

Coing jaune, grenade rouge, c'est l'automne
que je me suis approprié d'un an à l'autre.
Pourquoi les oiseaux tournent dans le ciel?
D'où est sorti ce cortège ? Qui est mort?
C'est le quantième jardin que j’ai vu en ruine ?

On ne peut pas,la mort arrive à tout le monde.
Comme si tu as dormi, tu ne t'es pas réveillé.
Qui sait où? Comment? A quel âge?
Tu auras un règne pendant une prière,
Semblable au trône, étalé sur la pierre.

                                    Cahit Sıtkı TARANCI  trad. Sunar Yazicioglu




OTUZ BEŞ YAŞ


Yaş otuz beş! Yolun yarısı eder.
Dante gibi ortasındayız ömrün.
Delikanlı çağımızdaki cevher,
Yalvarmak, yakarmak nafile bugün,
Gözünün yaşına bakmadan gider.

Şakaklarıma kar mı yağdı ne var?
Benim mi Allahım bu çizgili yüz?
Ya gözler altındaki mor halkalar?
Neden böyle düşman görünürsünüz;
Yıllar yılı dost bildigim aynalar?

Zamanla nasıl değişiyor insan!
Hangi resmime baksam ben değilim.
Nerde o günler, o şevk, o heyecan?
Bu güler yüzlü adam ben değilim;
Yalandır kaygısız olduğum yalan.

Hayal meyal şeylerden ilk aşkımız;
Hatırası bile, yabancı gelir.
Hayata beraber başladığımız
Dostlarla da yollar ayrıldı bir bir;
Gittikçe artıyor yalnızlığımız.

Gökyüzünün başka rengi de varmış!
Geç fark ettim taşın sert olduğunu.
Su insanı boğar, ateş yakarmış!
Her doğan günün bir dert olduğunu,
İnsan bu yaşa gelince anlarmış.

Ayva sarı nar kırmızı sonbahar!
Her yıl biraz daha benimsediğim.
Ne dönüp duruyor havada kuşlar?
Nerden çıktı bu cenaze? Ölen kim?
Bu kaçıncı bahçe gördüm tarumar?

N'eylersin ölüm herkesin başında.
Uyudun uyanmadın olacak.
Kim bilir nerde, nasıl, kaç yaşında?
Bir namazlık saltanatın olacak.
Taht misali o musalla taşında.

                                           Cahit Sıtkı TARANCI

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19 décembre 2009

Ahmet Muhip DRANAS

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RÊVE

Les roses de ma table m'ont inspiré ce rêve...
Les rameaux bourgeonnaient, on était au printemps,
On était au printemps, dans un pays étrange,
Et sur un cheval brun, je galopais au vent.

Un palais m'attendait, c'était un grand palais,
Avec une rivière d'argent tout autour.
Ensuite, des légions d'affamés défilèrent,
Et puis mes esclaves, et enfin mes armées.

Puis je vis une tente, faite de laine drue:
Une hache sanglante y projeta son ombre,
La tête du héros roula comme un soleil,
Et ce que j'éprouvais n'était pas de la peur.

Un train courait, courait vers les plaines immenses,
M'emportant, je ne sais en quels lieux inconnus.
Mon dernier espoir était en une colombe,
Qui fût venue vers moi des rives de la mort.

Puis je me vis enfant, tout auprès de ma mère:
Des lignes apparurent, soudain sur son visage.
Puis, au bord des flots, me trouvais à genoux,
Le visage effleuré par la brise marine.

                                  Ahmet Muhip DRANAS

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Hymne aux roses

 

 

HYMNE AUX ROSES


Quelque part dans le ciel,
J’ai vu un palais de roses;
Roses qui tombent, roses qui montent,
Terre, pierre, tout n’est que roses.



De roses une tente est dressée
Saint Ilyas en est le  portier;
De roses une table est mise
La pourpre du vin est de rose.



De roses tourne un moulin,
Roses sont moulues de roses,
De roses le ruisseau, de roses la roue
Le lit et la digue sont de roses.



De roses grouille un marché,
Roses on vend, roses on achète;
Balance de roses on y tient
Vendeurs et acheteurs sont de  roses.

                                       trad. Sabahattin Eyuboğlu

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Hasan Dede

 

 

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                    Me voilà, Echrefoglu, à nous deux(*)
                       C'est nous le jardin, la rose est en nous
                       Ton Dieu est aussi notre Dieu
                       Les soixante douze langues sont en nous.


                     
  Il est des hommes à la chair dure
                       Qui se lavent en vain pour se faire purs
                       Mais pourquoi médire des autres
                       Tout le mal, tout le mal est en nous.

                       L'abeille se promène voltigeant
                       Un élément elle prend, un autre elle rend.
                       Le dévot s'en va nous fuyant
                       C'est nous l'abeille, le miel est en nous.

                        Père Hasan n'est qu'un mortel
                        Le coeur seul dit le sens tel quel
                        A est le chemin vers le Vrai
                        Si tu cherches le C, le D est en nous.(**)

                                                                                     
Hasan Dede

                                                                                      trad. Sabahattin Eyuboğlu




    
Hasan Dede est un poète populaire vécu au XVII ème siècle en Anatolie.  * C'est une sorte de provocation à un duel poétique. ** A est la première lettre du mot Allah, C la première lettre du mot Cemal qui signifie la beauté, D est la première lettre du mot Delil qui signifie le guide.

 

 

 

 

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Yunus Emre

 

 

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YUNUS EMRE   
                     

Ceux qui se posent et émigrent de ce monde éphémère
Ne parlent, ni ne donnent de nouvelle.
Ceux sur lesquels poussent des herbes de toutes sortes
Ne parlent, ni ne donnent de nouvelle.

Sur certains,poussent les arbres,
Sur la tête de certains jaunissent les herbes.
Certains sont innocents, certains beaux, vaillants,
Ne parlent, ni ne donnent de nouvelle.

Leurs corps gracieux mêlés à la terre,
Leurs douces langues céssées de parler,
Venez, ne les oubliez pas dans vos prières,
Ne parlent, ni ne donnent de nouvelle.

Certains ont quatre ans, certains en ont cinq,
Certains n'ont pas de couronne sur leurs têtes,
Certains ont six ans, certains en ont sept,
Ne parlent, ni ne donnent de nouvelle.

Certains sont commerçants,certains sont hodjas,
Il est difficile de boire le sorbet de la mort .
Certains sont vieillards aux barbes blanches.
Ne parlent, ni ne donnent de nouvelle.

Younous dit, vois les affaires de la Providence,
Ils sont tombés, leurs sourcils et leurs cils, 
Sur leurs têtes s'érigent les pières tombales,
Ne parlent, ni ne donnent de nouvelle.

                                                                           

 YUNUS EMRE    trad.par Sunar Yazıcıoğlu

 

 

Ce poète dérviche a vécu au XIII ème siècle, aux dernières époques de l'Etat séldjoukides anatoliens ,a  vu les mauvais jours de l'invasion mongole, il s'est trouvé dans cette société, au milieu de la  famine, du tumulte , des petits combats politiques, des querelles de sectes. En oubliant son existance matérielle, comme la voie d"évasion il a choisi le monde moral.

 

Yabancı dünyaya konup göçenler
Ne söylerler, ne bir haber verirler
Üzerinde türlü otlar bitenler
Ne söylerler, ne bir haber verirler.

Kiminin üstünde biter ağaçlar,
Kiminin başında sararır otlar,
Kimi mâsum, kimi güzel yiğitler
Ne söylerler, ne bir haber verirler.

Toprağa garkolmuş nazik tenleri
Söylemeden kalmış tatlı dilleri
Gelin duadan unutman bunları
Ne söylerler, ne bir haber verirler.

Kimisi dördünde, kimi beşinde
Kiminin tâcı yoktur başında
Kimi altı, kimi yedi yaşında
Ne söylerler, ne bir haber verirler.

Kimisi bezirgân, kimisi hoca
Ecel şerbetini içmekte güç ha.
Kimi ak sakallı, kimi pir koca
Ne söylerler, ne bir haber verirler.

Yunus der ki gör takdirin işleri
Dökülmüştür kirpikleri, kaşları
Başları ucunda hece taşları
Ne söylerler, ne bir haber verirler.

                    YUNUS EMRE

 

 

Bu derviş şair, 13 üncü yüzyılda, Anadolu Selçuklu devletinin son devirlerinde yaşadı, Moğol istilasının kötü günlerini gördü, bu toplum içinde kıtlığın, kargaşanın, siyasi çatışmaların, mezhep kavgalarının ortasında kendini buldu. Maddî varlığını unutarak, kaçış yolu olarak manevî âlemi seçti.


 

Mon âme derviche me dit
Tu ne peux être derviche
Écoute ce que je dis
Tu ne peux être derviche

Son cœur doit être meurtri
Son oeil souvent très triste
Être plus lent que brebis
Tu ne peux être derviche

Sans langue à celui qui jure
Sans main à celui qui bat
Le derviche doit être humble
Tu ne peux être derviche

Derviche Younous viens là
Plonge dans tes océans
Car si tu ne plonges pas
Tu ne peux être derviche

                                    

              YOUNOUS  EMRE
       trad.par Sunar Yazıcıoğlu, Luc Rose                                       

 

Dervişlik der ki bana
Sen derviş olamazsın
Gel ne diyeyim sana
Sen derviş olamazsın.

Derviş bağrı baş gerek
Gözü dolu yaş gerek
Koyundan yavaş gerek
Sen derviş olamazsın.

Dövene elsiz gerek
Sövene dilsiz gerek
Derviş gönülsüz gerek
Sen derviş olamazsın.

Derviş Yunus gel imdi
Ummanlara dal imdi
Ummana dalmayınca
Sen derviş olamazsın.

              YOUNOUS EMRE

 

Ton amour à moi même m’a ravi
C’est toi qu’il me faut toi seul
Je me consume jour et nuit
C’est toi qu’il me faut toi seul

Aucun bien ne m’enchante
Nulle misère ne me tourmente
De ton amour je me contente
C’est toi qu’il me faut toi seul

Ton amour tue les amants
Les plonge dans la mer d’amour
Les remplit de ton image
C’est toi qu’il me faut toi seul

Aux soufis les délices de la causerie
Aux dévots le paradis et les houris
Que les Médjnouns cherchent leur Leyli
C’est toi qu’il me faut toi seul

Qu’on me brûle dorénavant
Qu’on jette mes cendres au vent
Mes cendres iront clamant:
C’est toi qu’il me faut toi seul

Younous Emre est mon nom
Ma flamme augmente de jour en jour
En ce monde et en l’autre monde
C’est toi qu’il me faut toi seul
   
                     YOUNOUS  EMRE

                     trad. par Sabahattin Eyuboğlu

 

Aşkın aldı benden beni
Bana seni gerek seni
Ben yanarım dünü günü
Bana seni gerek seni.

Ne varlığa sevinirim
Ne yokluğa yeğinirim
Aşkın ile avunurum
Bana seni gerek seni.

Aşkın aşıklar öldürür
Aşk denizine daldırır
Tecelli ile doldurur
Bana seni gerek seni.

Aşkın şarabından içem
Mecnun olup dağa düşem
Sensin dünü gün endişem
Bana seni gerek seni.

Sufilere sohbet gerek
Âhilere ahret gerek
Mecnunlara Leylî gerek
Bana seni gerek seni.

Eğer beni öldüreler
Külüm göğe savuralar
Toprağın anda çağıra
Bana seni gerek seni.

Yunus'dürür benim adım
Gün geçtikce artar odum
İki cihanda maksudum
Bana seni gerek seni.

          
                      YUNUS EMRE

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09 janvier 2010

Mustafa Kemal Atatürk

                                                      

 

 

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Mustafa Kemal  est né à Salonique en 1880*, à une époque très critique de son histoire où s’effondrait l’empire Ottoman le dernier Etat turc indépendant .Son père, Ali Rýza Efendi avait abandonné les fonctions qu’il exerçait aux contributions pour s’occuper du commerce de bois de construction. Mustafa Kemal était encore un petit enfant lorsque son père mourut , et l’orphelin fut élevé par sa mère Zübeyde hanim qui fut, au sens le plus complet du mot, une très grande Turque.
Après avoir achevé ses études primaires à l’école  Semsi Efendi de Salonique (Cet établissement fut le premier à Salonique, où l’enseignement se fît selon les méthodes modernes) , Mustafa Kemal fut admis à l’école secondaire civile. Un de ses maîtres lui ayant donné injustement un coup de baguette, il quitta aussitôt de sa propre autorité cet établissement et se fît inscrire à l’école secondaire militaire où  il eut tôt fait d’attirer l’attention de ses professeurs frappés par son intelligence, par ses aptitudes exeptionnelles et surtout par la façon dont il se fît valoir dans l’étude des sciences mathématiques. Comme ses progrès étaient extrêmment rapides et qu’il se développait dans le plus bel épanouissement intellectuel, ses maîtres commencèrent à le traiter en homme dèjà mûr, en camarade.
Mustafa Kemal s’appelait d’abord Mustafa. Le professeur de mathématique de l’école, Mustafa Efendi appréciait grandement les dons extraordinaires de son élève Mustafa; aussi , pour marquer la différence qu’il constatait entre lui-même et son élève préféré, et lui donner de la sorte une preuve d’estime, il fît ajouter au registre matricule du jeune homme le nom de Kemal (perfection). Mustafa Kemal se changeait des cours de son maître lorsque celui-ci venait  à s’absenter.
L’école secondaire terminée, il poursuivit ses études au gymnase militaire de Monastir, puis à l’Ecole de guerre d’Istanbul. Après celles-ci, il fut admis aux classes des officiers d’état-major. A l’école de guerre comme aux classes d’état-major, il avait une fois de plus attiré l’attention de ses maîtres. Mustafa Kemal possédait des aptitudes spèciales pour les mathématiques, pour les lettres et l’art oratoire, toutes choses auxquelles il portait le plus vif intérêt. Pour ce qui est de l’art militaire, il eut vite prouvé qu’il était né grand soldat. Ses professeurs comme ses condisciples ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’ils avaient affaire à une personnalité d’élite. La vaste intelligence de Mustafa Kemal , faite d’une magnifique capacité de compréhension et d’une inlassable curiosité d’esprit, ne pouvait dès même le lycée se satisfaire du seul milieu de l’école et des cours qui y étaient donnés. Très tôt, il commença à s’interesser aux problèmes concernant le pays, à sa situation politique; il s’en entretenait fréquemment avec ses camarades, leur faisant part sans crainte de toute sa pensée, critiquant sans ménagement le régime hamidien. Sa sincérité et sa hautes capacités avaient inspiré la plus  profonde sympathie à ses camarades, ce qui fît que personne ne le trahit jamais. Mais ce régime despotique et soupçonneux ne négligeait point de surveiller et de persécuter, dans les établissements scolaires, quiconque faisait preuve d’esprit critique et s’élevait de la sorte au-dessus du niveau moyen: aussi ne manqua-t-il pas de repérér Mustafa Kemal qui, le jour où il reçut son brevet et son grade de capitaine d’état- major (29 décembre 1904) , fut arrêté et conduit au palais de Yildiz. Après y avoir été interrogé des jours durant dans une pièce d’où Abdül-Hamit pouvait suivre l’interrogatoire, et subit une détention de plusieurs mois, Mustafa Kemal fut exilé à Damas.
-en 1911 à Tripolitaine il s’est battu contre les italiens . Le batail de Tobrouk, livrée le 9 janvier 1912 constitue dans ces régions la première bataille et le premier succès. C’est là que Mustafa Kemal  apprit sa promotion au grade de commandant.
Ensuite, il se rendit à Derna où il assuma le commandement des forces, et où il demeura près d’un an.
-Mustafa Kemal était encore en Tripolitaine lorsque commença la guerre balkanique. Dès les premières nouvelles, il quitta la Tripolitaine où rien ne restait plus à faire et accourut à la défense de la Mère-Patrie. Après la guerre balkanique il fut nommé attaché militaire à Sofia, fonctions qu’il remplit jusqu’en décembre 1914, époque à laquelle il fut promu lieutenant-colonel.
-Pendant la guerre mondiale, aux Dardanelles le lieutenant-colonel Mustafa Kemal renouvela sa démarche avec insistance, et finalement fut nommé au commandement d’une division quasi imaginaire , qui devait être formée ,à Tekirdag. Il accepta ce poste avec joie, car désormais il était devenu un membre actif de l’armée en campagne. Dans l’espace d’un mois, il métamorphosa en corps d’élite cette division inexistante: elle était prête à l’action et devait devenir cette fameuse 19 ème division qui se couvrit de gloire au cours de la guerre. Lorsque l’ennemi déçu eût quitté les Dardanelles, Istanbul fut délivrée du danger de l’invasion .
Les ennemis eux-mêmes n’ont pas manqué de rendre un hommage admiratif et respectueux à la façon magistrale dont ce génial soldat avait conduit les opérations des troupes placées sous ses ordres.
Le général Hamilton, qui commandait en chef les troupes britaniques et qui avait assisté avec une admiration croissante aux attaques entreprises par le groupe d’armées de Mustafa Kemal, souligne dans un rapport officiel que “ les Turcs revenaient sans cesse à la charge ; ils combattaient magnifiquement en invoquant le nom de Dieu.” Le ministre britannique de la marine, Winston Chuchill qui fut partisan des opérations des Dardanelles et prépara celles-ci, laisse entendre, en parlant de ses souvenirs sur la guerre, qu’on se rendait compte déjà à cette époque que Mustafa Kemal était un soldat exceptionnel et un génie d’une influence décisive sur les destinées de la Turquie.
-Après l’évacuation des Dardanelles par l’ennemi, le colonel Mustafa Kemal Bey fut affecté au front du Caucasse, et c’est à Diyarbakir qu’il reçut sa promotion au grade de général. Par une habile manœvre de retraite suivie d’une contre-attaque déclenchée sur un secteur préalablement choisi, il infligea à une armée russe une grave défaite et cette importante opération aboutit à la reprise de Bitlis et de Mus (7-8 août 1916)

 

LA NATION CONFERE A SON  SAUVEUR LES TITRES DE “GAZI” ET DE MARECHAL

Le jour de son élection par la Grande Assemblée Nationale de Turquie aux fonctions de généralissme des armées turques, Mustafa Kemal avait proclamé à la nation et au monde entier sa conviction formelle qu’il triompherait de l’ennemi. La victoire de Sakarya démontra combien clairement et nettement il voyait les événement futurs. La nation turque ne tarda pas à accorder à son grand enfant, qui réunissait en lui toutes ses grandes qualités et toutes ses vertus, la récompense qu’il avait méritée: la Grande Assemblée Nationale conféra au vainqueur de Sakarya le titre de Gazi (triomphateur) et le grade de maréchal du nouvel Etat turc (le 19 septembre 1921) 
Le gouvernement du Sultan avait rayé le Gazi des cadres de l’armée, et condamné à mort cet homme prodigieux qu’il ne rougissait pas d’appeler Mustafa Kemal Efendi (11 mai 1920). Depuis cette date, Mustafa Kemal ne possédait officiellement aucun grade. Mais la nation turque lui conféra le grade le plus élevé de l’armée turque et le plus glorieux des titres que le monde oriental accorde aux triomphateurs.

REVOLUTION ET REFORMES RELIGIEUSES ET LEGISLATIVES
A. LA SEPARATION DE LA RELIGION ET DE L’ETAT (L’ETAT LAIC))

Un examen des périodes les plus reculées de l’histoire turque permet de constater que la nation s’était rendu compte de très bonne heure déjà de la nécessité de séparer les affaires religieuses des affaires de l’Etat., Il y avait là le signe d’une grande mâturité intellectuelle. Dans les Etat turcs fondés plusieurs milliers d’années avant l’ère chrétienne en Asie centrale, en Chine, etc., chacun était libre d’avoir la religion et les convictions en matière religieuse qui lui semblaient bonnes. On n’a pas vu les Turcs qui ont envahi l’Europe, par exemple les Huns, les Koumanes et les Avares – pour ne parler que de ceux appartenant à des temps relativement rapprochés – obliger les habitants des régions qu’ils envahissaient à changer de religion, ni mêler les affaires religieuses et les affaires de l’Etat. L’empire Ottoman est la toute dernière victime, dans l’histoire turque, de l’erreur qui consiste à mêler les affaires religieuses et les affaires de l’Etat. Parmi les fautes innombrables de la Monarchie ottomane, celle- ci vient au premier rang pour avoir hermétiquement fermé toutes les portes au développement de la nation dans tous les domaines.

LE DROIT ET LA JUSTICE DANS L’EMPIRE OTTOMAN

L’œuvre que la Monarchie a pu réaliser en matière de droit à la suite de ses tantatives de réformes qui ont duré jusqu’aux dernières années du régime constitutionnel n’est autre chose qu’une compilation mal réussie de principes de droit empruntés à des sources différentes. D’une part le  Medjellé ,amalgame de lois prises à moitié dans le droit arabe, à moitié dans le droit musulman, et d’autre part la Chériat, droit destiné à répondre aux besoins et à la structure sociale des hommes qui vivaient il y a treize siècles et demi dans les déserts de la presqu’île Arabique: tel était le droit qu’appliquaient, pour ce qui est du Medjellé, des juges qui pour la plupart, et presque sans exception dans les premiers temps qui suivirent la création du ministère de la justice, n’avaient pas reçu l’enseignement du droit, - et pour ce qui est de la Chériat, les tribunaux religieux où se trouvaient des cadis (juges religieux) instruits exclusivement dans les séminaires, totalement ignorants des nécessités et de l’évolution intellectuelle du siècle.

LE CODE CIVIL TURC 

L’adoption d’un nouveau Code civil, conforme à toutes les nécessités du siècle, affranchi de toutes les chaînes et purifié de toute la rouille du passé, est , vers le libre épanouissement de la vie nationale, l’une des étapes les plus heureuses de la Révolution. Grâce au Code civil ont été abattues les citadelles les plus difficiles à emporter de la route semée d’obstacles de l’avenir national.
Cette loi est identique au Code civil Suisse qui, conformes aux théories et aux règles les plus récentes de la Science du droit, est supérieur à tous les codes civils du monde. Il a été voté, à l’unanimité des voix de la Grande Assemblée Nationale, le 17 février 1926.

B. LES DROITS DE LA FEMME
SITUATION DE LA FEMME TURQUE DANS LES LOIS
ET LA VIE SOCIALE DE L’EMPIRE OTTOMAN

C’est la femme turque qui était particulièrement écrasée sous le poids du régime despotique de la Monarchie ottomane. On s’était servi de certaines opinions exprimées par quelques imams Arabes musulmans du moyen-âge, et qu’on avait arbitrairement interprétées, pour priver la femme turque d’un grand nombre de droits humains. La femme était complètement retirée de la vie sociale, et on avait fini par tenir pour honteux, et même de considérer comme un péché, le fait pour une femme de savoir lire et écrire, de se développer intellectuellement, culturellement. Non seulement une femme ne pouvait se montrer dans des réunions ou des fêtes publiques, ou parler en public, mais on avait poussé les choses jusqu’à considérer comme immoral, comme irrreligieux, le fait pour une femme de publier un livre ou un article littéraire ou sciantifique dans une revue. Une femme qui lisait autre chose que le Coran ou des ouvrages religieux en prose ou en vers comme l’Ahmediye, la Muhammediye ou le Mevlut, était jugée perdue pour la religion et la morale. La femme avait par rapport  à l’homme , un rang inférieur dans le statut familial. Elle vivait privée de la lumière du soleil et à l’écart des voix de la vie entre les murs élevés de la cour et derrière les fenêtres grillagées de sa maison. Quand elle en sortait, c’était  enveloppée de pied en cap d’un grand voile appelé çarþaf  avait l’air d’un sac; d’autre part, plus le peçe était épais, plus il était apprécié, celle dont les peçe était transparents passant pour des femmes de mœurs légères. La femme ne devait point, d’entre les plis de son çarþaf, laisser voir sa main ni même le bout de son doigt. Les filles épousaient sans les connaître et sans même les voir, le mari avec lequel elles devaient passer toute leur existence. Un homme pouvait épouser quatre femmes à la fois, et par dessus le marché s’offrir plusieurs odalik (concubines)
Cette tyrannie, cet esclavage que subissait la femme turque n’avaient rien de commun avec la race turque, avec les règles sociales turques. Le fanatisme et la réaction, dont la Monarchie avait fait des forces sur lesquelles elle s’appuyait, avaient emprunté ce régime à des cultures étrangères, et essayé de l’imposer à la vie turque.
Or la nation turque, qui est la nation possédant la culture morale la plus haute, se trouve avoir depuis des miilénaires, et avant toutes les autres nations, reconnu l’égalité des droits de l’homme et de la femme, et donné à celle-ci un rang de camarade honorée, d’égale dans le foyer et la vie sociale. L’histoire est , à cet égard, pleine d’exemples et de documents. Même dans les temps les plus reculés, édits des hakan (rois) commençaient par la formule: “La Dame et le Roi ordonnent…etc.” L’histoire enregistre, comme on sait, que dans les Etats de lAsie Centrale et chez les  Hittites (Hétéens) de l’Anatolie, les femmes ont exercé les charges de chef d’Etat, commandé à des troupes, fait fonctions de juges dans les tribunaux.
Les Turcs de l’Anatolie et de Roumélie ont persévéré, comme sur bien d’autres points, à rester fidèles, à cet égard, à la culture nationale. Le voyageur arabe  Ibn-Batouta, qui parcourut il y a près de six cents ans l’Anatolie, dit ce qui suit les femmes turques de ce pays:
“Dieu a réuni en ces lieux les diverses beautés dont il comble chaque pays. Sa  population est fort belle de visage; leurs vêtements sont propres, et leur nourriture excellente. Etions-nous en l’une des villes de ce pays, descendu dans un couvent ou une maison particulière, aussitôt les voisins, hommes et femmes, venaient s’enquérir de nos besoins, de notre état. Les femmes de ce pays ne sont pas voilées, et à l’heure de la séparation nous disent adieu comme si nous étions parents…”
Ibn-Batuta raconte d’autre part son entrevue à Kayseri avec Tügi Hatun (hatun:dame), épouse d’Emir Alaeddin Ertenan, et dit de cette personne qu’elle était fort savante et vertueuse, ajoutant que les Turcs ont coutume de donner aux grandes dames l’appellation d’Aga. Dans les régions autres que l’Anatolie où la race turque a régné, par exemple à la cour de Tuglukoglu Mehmed, empereur turc qui dominait à cette époque sur les Indes, bref dans tous les pays où vivait et régnait la race turque Ibn-Batouta a signalé et dit le rang élevé occupé par la femme. Ainsi venant à parler des villes turques Kipçak, il écrit:
“ J’y ai vu une chose étrange, et c’est le grand respect dont les Turcs entourent les femmes. Elles occupent une position supérieure à celle des hommes. Les femmes turques ne se voilent pas , et sont partout aux côtés de leus maris”

SITUATION DE LA FEMME TURQUE DANS LES LOIS
ET LA VIE SOCIALE DE NOTRE REPUBLIQUE

Le bref résumé de la situation de la femme sous la Monarchie ottomane et dans les temps plus reculés démontre que l’effort fait par la  Révotution turque dans le domaine féminin poursuit le but de soustraire aux influence étrangères les bases de notre culture véritable, nationale qui ont trait à la femme et au droit familial.
Tant que dura la lutte nationale, on évita d’aborder la question des droits de la femme , de la liberté de la femme afin de ne pas donner à la classe fanatique et réactionnaire l’occasion de se livrer à une action négative et à troubler l’âme du peuple. Mais dès que la victoire fut obtenue, on entreprit, sans même attendre la signature de la paix à Lausanne, de préparer les esprits dans ce sens, de les éveiller , bref de mener la lutte. La première phase de cette lutte est le voyage que Gazi Mustafa Kemal fit en 1923 dans le pays.
A Izmir où il s’était rendu en passant par Izmit, Bursa et Balikesir, le Gazi abordait avec chaleur la question féminine et des droits de la femme au cours d’un entretien qu’il avait eu sur différents sujets avec le peuple, dans la grande salle remplie d’un immense public de la vieille Douane, Gazi Mustafa Kemal déclara entre autres:
“Si une société se contente de ce que l’un des deux sexes qui la composent se conforme aux nécessités du siècle, cette société reste affaiblie de plus de la moitié. Une nation doit particulièrement retenir ce point si elle veut avancer et civiliser.
…Le devoir principal de la femme consiste dans la maternité. Pour peu qu’on se souvienne que c’est la mère qui donne la toute première éducation, on reconnîtra à sa juste valeur l’importance de ce devoir. Notre nation est résolue à devenir une nation forte. L’une des nécessités d’aujourd’hui est d’assurer le progrès de la femme. Nos femmes aussi deviendront donc des savants et des techniciennes, et passeront par tous les degrés de l’instruction par où passent les hommes dans la vie sociale, et les unes et les autres collaboreront entre eux.
Que si l’on étudie l’histoire de l’Islam et celle des Turcs, on constate facilement qu’elles ne contiennent aucune des mille restrictions auxquelles aujourd’hui nous nous croyons tenus. Dans la vie sociale turque, les femmes ne sont en aucune façon restées inférieures aux hommes du point de vue culturel ni à d’autres points de vue; elles les ont peut-être même dépassés.
Examinons aujourd’hui ce pays. Nous en verrons deux aspects distincts: dans l’un nous trouvons la femme qui travaille au champ aux côté de l’homme, qui monte sur son âne pour s’en aller vendre ses produits au marché de la ville, y vend elle- même son blé, sa volaille, ses  œufs, achète elle-même ce dont elle a besoin et retourne au village où elle aide son mari ou son frère à exécuter toutes sortes de travaux…
…Si l’ignorance existe dans notre pays, elle est gén!érale. Elle n’affecte pas seulement nos femmes, mais aussi nos hommes. L’autre de ses aspects, nous les rencontrons dans les bourgades, dans les villes: et cela, c’est la légende de la fenêtre grillagée que nous lisons dans les romans étrangers. Il est certain que c’est la Cour qui a généralisé ces malheureuses coutumes.
Je vous dirai pour terminer que c’est à nos mères qu’il incombait de faire de nous des êtres accomplis. Elles y ont réussi dans la mesure où elles l’ont pu. Nous avons besoin désormais d’hommes portant une autre mentalité, d’hommes d’une sorte de perfection différente . Et ceux-là ce sont les mères futures qui les élèveront. Ce que je vous dis là doit constituer et constituera l’une des bases du nouvel Etat turc qui a adopté pour règle d’assumer et de maintenir intacts son inépendance, son honneur, sa vie, son existence.” Izmir 2 février 1923
-L’octroi  aux femmes du droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales fut accordé en 1930 par la Grande Assemblée à l’occasion de la promulgation de la nouvelle loi sur les municipalités, et après de longues discussions dans les commissions et en séance plénière.
C’était là une étape importante que même dans une partie des pays européens les femmes ne sont pas encore parvenues à franchir.
Quant au droit de vote et d’éligibilité pour les élections législatives, la Révolution ne fait à cet égard non plus aucune distinction de sex.

SUPRESSION DES COUTUMES ET TRADITIONS ERRONEES    
ET SUPPOSEES  CONSTITUER LES BASES DE LA RELIGION

Le couvre-chef qui s’appelait fez était un bonnet de feutre dont le rouge allait du grenat au pourpre. Après le repassage, le fez prenait une forme cylindrique, ou bien devenait plus large à base et plus étroit au sommet. Sur son sommet,juste au milieu, se dressait une sorte de crète à laquelle on attchait une houppe de fil noir, et qui formait le püskül (gland). Tel était le couvre-chef que pendant près d’un siècle les Sultans ottomans forcèrent le peuple turc à porter. Le fez était devenu dans le monde entier un sujet de plaisanteries humoristiques désobligeantes pour la nation turque.
L’introduction du fez dans notre pays date du Sultan Mahmut. Lors de la suppression du corps janissaires, un homme du nom Husrev pacha, sorti de l’Enderun, le fit porter pour la première fois aux tirailleurs de la marine. Husrev pacha fit participer à la cérémonie du Selamlik (office religieux du vendredi) ses tirailleurs coifés des fez qu’il avait fait venir de Tunisie. Le Sultan prit plaisir à voir ces taches rouges, dont on eût dit un champ de coquelicots en marche, et promulgua des fermans ordonnant à l’armée, aux fonctionnaires et au peuple de porter le fez. Et c’est de la sorte que les Turcs eurent à subir ce couvre-chef.
Le drôle est que la gent théologienne, prêtres, les softas avec le Chéikh-ul-islam à leur tête, avaient à cette époque monté une cabale contre l’adoption du fez dont le port, disaient-ils, n’était pas permis par la religion, ce qui avait occasionné le remplacement du Chéikh-ul-islam et l’application de sanctions sévères; et que peu après les mêmes théologiens, prêtres et softas avaient commencé  à affirmer que le fez était le symbole de la religion et de la foi!
Lorsque en 1903 le Sultan Abdülhamit voulut faire adopter le kalpak (bonnet d’astrakan) aux troupes de cavaleries et d’artillerie, le Chékh-ul-islam et ses confrères étaient intervenus pour déclarer que, quand on disposait d’un couvre-chef sacré comme le fez, il ne serait pas conforme aux prescriptions religieuses de porter le kalpak. Ce dont ces hommes ne voulaient point en réalité, quand ils invoquaient la religion pour motiver  leur opposition, c’était non pas le fez, le kalpak, le chapeau ou autre objet vestimantaire, mais la nouveauté, quelle qu’elle fût. Après avoir considéré le fez comme le symbole maudit de l’irréligion, ils en firent finalement un étendard de la Foi contre toute innovation. Or le fez, en réalité, était non pas l’étendard de la foi, mais bien celui de l’absence de goût et de sens esthétique.
Pendant la guerre générale, le gouvernement ottoman avait créé une sorte de couvre-chef dont le bord s’élargissait en visière afin de protéger les troupes contre le soleil, particulièrement celles qui combattaient dans les déserts ardents de Palestine, de Syrie et d’Irak: cette mesure donna lieu, elle aussi, à des objections, mais celles-ci ne furent pas poussées plus loin, le couvre-chef en question étant limité à l’usage de l’armée, et aussi du sévère régime de l’état de guerre.

LE CHAPEAU. LE VOYAGE DU GAZI A SAMSUN ET INEBOLU

Le 24 août , Gazi Mustafa Kemal entreprit un voyage vers Kastamonu. Comme le pays savait qu’il ne partait en voyage que pour s’entretenir avec le peuple au sujet d’une question sur laquelle il réfléchissait, ou bien le mettre au courant d’une innovation qu’il avait décidé d’introduire et la réaliser, on attendait avec impatience de savoir ce que réservait ce déplacement.
Il avait quitté Ankara de très bonne heure, à 5 heure 30 du matin, et prié qu’on ne se dérangeât pas pour lui souhaiter bon voyage. De sorte qu’on ne savait pas à Ankara comment le Gazi s’était mis en route.
Or , les télégrammes parvenus cette nuit-là de Kastamonu apprirent que le Gazi était descendu d’automobile au milieu du peuple venu le saluer à deux kilomètres de la ville et l’applaudissant avec enthousiasme et des vivats en son honneur, en tenant dans la main un panama avec lequel il saluait le public, qui à son tour l’acclama en se découvrant. La nouvelle se répandit dans le pays tout entier avec la rapidité d’un éclair. Tout en accueillant la nouvelle avec un profond étonnement, chacun poussa un soupir de soulagement à la pensée de se débarasser de ce couvre-chef.
Le lendemain, au cours de la réception, à la mairie, des délégations des organisations populaires de Kastamonu et de sous-préfectures, il y eut entre le Gazi et un tailleur de Kastamonu le dialogue suivant, où il fut pour la première fois ouvertement question de l’introduction du chapeau:
Gazi Mustafa Kemal (montrant ses vêtement au tailleur) :
-Ces vêtements sont-ils une tenue internationale, simple et bon marché?
Le tailleur, puis d’autres artisans:
-Certes, c’est un vêtement international.
Gazi Mustafa Kemal:
-Vous voyez vous – même combien ces vêtements reviennent bon marché, comme ils sont simples, et qu’ils sont faits de tissus de fabrication nationale. Vous pouvez faire des couvre-chefs du même tissu.
A un autre artisan:
-Montre ton fez.
L’interpellé tendit son fez, surmonté d’un turban de linon brodé, et cachant lui-même un bonnet blanc. Le Gazi poursuivit:
- Voici un bonnet, puis un fez, et puis, là-dessus, un turban de linon brodé. Leur contrevaleur à tous s’en va aux étrangers. J’entands, en vous disant cela, vous déclarer ceci: nous devons être des hommes civilisés à tous les points de vue. Nous avons enduré bien des maux, et la raison en est que nous n’avons pas su voir et comprendre le monde. Nos idées, notre mentalité doivent être d’un bout à l’autre des idées et une mentalité de civilisés. Et nous ne prêterons pas oreille à ce que disent les uns et les autres. Considérez le monde turc et islamique tout entier; songez aux malheurs dont ils souffrent pour n’avoir pas conformé leurs idées, leurs mentalité au progrès, aux changements qu’on ordonne la civilisation.
C’est pour les mêmes raisons que nous sommes restés en arrière jusqu’ici et que finalement nous nous sommes enlisés dans la boue du dernier désastre. Si nous avons pu nous sauver nous- mêmes dans l’espace de cinq à six ans, c’est grâce aux changement survenu dans notre régime, Nous ne pouvons plus nous arrêter; il faut absolument que nous allions de l’avant; nous y sommes obligés. La nation doit savoir nettement ceci: la civilisation est un feu puissant, qui brûle et anéantit ceux qui lui restent indifférents. Nous occuperons et conserverons, et rendrons plus élevé, le rang que nous méritons au sein de la famille civilisée dont nous faisons partie. Là est la prospérité, le bonheur, une existence digne des êtres humains!
“Vive notre Guide intellectuel!” tels furent les cris par lesquels le public entousiaste  remplissant les salles de la mairie applaudit ces mots.
Tous les tailleurs de Kastamonu devinrent des fabricants de casquettes, et ils n’arrivaient pas, malgré un travail discontinu de jour et de nuit, à fournir le nombre de casquettes demandées par le public.

LES ORDRES RELIGIEUX: L’ETAT DE CHEIKH, DE DERVICHE,DE GARDIEN DE MAUSOLEE;
LES COUVENTS ET MONASTERES; LA SOUTANE ET LE TURBAN (LA TENUE DES PRETRES)

Tous les nids où se tapissait le fanatisme et la réaction furent détruits à la fois. Pour entendre de la bouche même de celui qui les supprima ce qu’était le caractère de ces istitutions et comment elles ont été supprimées, il faut revenir  au voyage de Kastamonu. Tout en expliquant ce qu’il y avait à changer et à réformer dans la manière de se vêtir, le Gazi disait avec force et d’une manière catégorique la nécessité d’éteindre ces foyers de paresse et d’inertie qui rongeaient de dedans notre vie sociale et notre vitalité intellectuelle.
Ces déclarations commencèrent par ces mots, prononcés à la Bibliothèque Régionale de Kastamonu: “Il ne faut pas permettre de porter le turban à ceux qui n’y ont aucun titre.”
En effet le turban avait jusque-là été porté non point par les membres d’une profession déterminée, mais par n’importe qui et surtout les imposteurs qui, se faisant passer pour “des hommes de religion”, “des hommes de Dieu”, cherchaient ,à tromper et à voler plus facilement les classes ignorantes de la population.
Revenu d’Inebolu à Kastamonu, Gazi Mustafa Kemal y parla des tekke, des zaviye (monastères), des tarikat (ordre religieux), et s’arrêta sur ce sujet en lui accordant une importance particulière:
“Messieurs, dit-il, le but des révolutions que nous avons réalisées et sommes en train de réaliser est de faire de la population de la République de Turquie un ensemble social entièrement moderne et civilisé dans son esprit et dans sa forme, Tel est la règle fondamentale de notre Révolution. Il est indispensable d’anéantir les mentalités qui ne peuvent s’accomoder de cette vérité. Nombreux ont été qui ont porté cette mentalité dont l’effet jusqu’ici a été de rouiller, d’engourdir l’esprit du peuple. En tout cas, les superstitutions qui habitent les esprits en seront entièrement chassées. Tant qu’elles y subsisteront, il sera impossible d’y faire pénétrer les lumières de la vérité.”
Après avoir donné quelques exemples de superstition, le grand Chef parla des türbe (mausolées votifs), des faux saints, des ordres religieux, et poursuvit:
“C’est une honte pour une société civilisée que d’attendre quelque secours des morts. Quel peut être le but des ordres religieux existants, sinon d’assurer le bonheur de ceux qui leur sont soumis dans la vie, qui est terrestre et morale. Je n’admets en aucune façon l’existence dans la collectivité civilisée turque des hommes primitifs qui, sous l’éclatante lumière même de la science, de savoir, de la civilisation dans toute sa portée, chercheraient le bonheur moral et matériel dans les conseils et avis de tel Chéikh ou tel autre. (Applaudissements enthousiastes).
“Messieurs, sachez , et que la nation sache avec vous que la République de Turquie ne peut pas être le pays des Chéikhs, des derviches, des mürit(novices) et des affilés! La tarikat (Mot signifiant à la fois ordre religieux et voie, chemin) la plus raisonnable, la plus véridique est la tarikat de la civilisation. (longs applaudissements). Il suffit pour être des hommes accomplis de faire ce qu’ordonne et exige la civilisation. Les chefs des ordres religieux comprendront dans toute leur clarté les vérités que je viens de dire, et certainement fermeront d’eux- mêmes immédiatement les tekkés, et reconnaîtront que leurs disciples sont parvenus à la mâturité…”
“ Je vois de nombreuses personnes qui continuent à conserver la même tenue sans qu’ils soient obligés par une charge. J’ai rencontré parmi elles des gens très ignorants, et même illettrés. Et surtout, ces ignorants se mettent en certains lieux à la tête du peuple comme s’il en étaient les représentants, et entendent empêcher un contact direct avec le peuple. Je voudrais demander ,à ces gens où ils ont pris ce pouvoir, qui le leur a donné.
Je voudrais rappeler à la nation qu’il n’est en aucune façon permis de tolérer ces familiarités. J’attirerai en tout cas l’attention du gouvernement sur l’inconvénient qu’il y a à ce que ces hommes portent sans y avoir aucun titre le costume que ceux à qui leur charge donne le droit de porter.”
“Je vois en certains lieux des femmes qui voilent leur visage en se jetant sur la tête une grande serviette ou quelque chose d’approchant, et quand un homme passe auprès d’elles, se retournent ou s’assoient par terre. Que peut bien signifier cette attitude, et à quoi répond-elle?
Messieurs, se peut-il que les mères, que les filles d’une nation civilisée adoptent ces attitudes sauvages? C’est là un spectacle qui ridiculise la nation. Il faut y mettre fin sans retard.”
Gazi Mustafa Kemal rentre le 1 er septembre à Ankara. Le lendemain , le conseil des ministres fut réuni sous la présidence du grand Chef. Il promulgua les décrets du 2 septembre sur:
1.la fermeture des couvents et monastères.
2.la tenue des prêtres.
3.la tenue des fonctionnaires de l’Etat.

LE CORAN ET L’APPEL A LA PRIERE EN TURC

L’un des faits importants de l’histoire de la République dans les années 1931-1932 est la soudaine propagation du Coran en turc et de l’appel à la prière fait en turc. Ce vaste mouvement de nasionalisation dans la religion coïncida avec le séjour du grand Chef à Istanbul pendant le long voyage qu’il avait entrepris dans le pays. C’était le mois du Ramazan. Les muezzins les plus connus d’Istanbul, sur les indications et l’inspiration qu’ils reçurent du Gazi lui-même au palais de Dolmabahçe, donnèrent la lecture du Coran, dirent les prières et la Glorification en turc dans les grandes mosquées d’Istanbul. Dans la nuit de Kadir, la cérémonie religieuse se fit en turc à Aya Sofya avec la participation de milliers de citoyens. Par la suite, tous les muezzins commencèrent en Turquie à faire l’appel à la prière en turc.
…..
Enfin, la loi du 26 décembre 1926 introduisit l’usage du calendrier et de l’heure internationaux.
Les nouveaux chiffres commencèrent à être employés officiellement et de façon générale à partir le 1 er juin 1928
                                                                                                                                                                                       
   
* On dit toujours que Atatürk est né en 1881 mais ce texte est tiré de " L'histoire de la République Turque" publié par la Minist`ere de Culture pendant qu Atatürk était président de la République.

       LA REVOLUTION DE L’ECRITURE.
L’ADOPTION DES CARACTERES TURCS (1928)

Une des réalisation les plus importantes et les plus précieuses de la Républic dans le domaine de la culture nationale est la révolution de l’écriture.La langue turque, écrite depuis près de mille ans au moyen des lettres dites arabes, n’était pas parvenue, malgré une expérience si longue, à adapter cette écriture à sa structure propre. Il n’était pas possible d’écrire et de lire convenablement et facilement, au moyen d’un alphabet dont les voyelles étaient insuffisantes, la langue turque qui fort riche en voyelles et en consonnes, d’une prononciation très claire et très aisée, est une des plus belles langues du monde.
….
Il était plus profitable d’adopter une écriture qu, tout en étant conforme à la langue turque, constituerait en même temps un instrument d’expression international dans le mone civilisé. C’est pourquoi on préféra créer un alphabet turc prenant comme base les lettres connues aujourd’hui sous le nom d’alphabet latin.

Enfin, dans la soirée du 9 août 1928, Gazi Mustafa Kemal annonça au pays que le soleil le plus lumineux de l’Indépendance de la culture turque était sur le point de se lever. Le parti Républicain du Peuple, ce soir-là organisé une fête publiqu au parc de Sarayburnu. Gazi Mustafa Kemal, qui vers 23 heures vint prendre place au milieu du public qui l’aaccueillit avec enthouisiasme . Il a parlé des fautes commises jadis, ainsi que des conséquences de ces fautes, Gazi Mustafa Kemal donna ces conseils:
….
“- Citoyens, apprenez sans retard les nouvelles lettres turques. Enseignez-les à toute la nation, aux villageois, aux pâtres, aux portefaix, aux bateliers. Considérez cela comme un devoir de patriotisme et de nationalisme. Songez en accomplissant ce devoir que 80% d’une nation, d’une société sont illettrés, ce qui est une honte. Quiconque a une âme humaine doit en rougir. Or, cette nation n’est pas faite pour supporter une honte. Elle est créée pour être fière et son histoire est remplie de faits qui sont pour elle autant de sujet d’orgueil. Si 80% d’un peuple sont illettrés, ce n’est pas de notre faute. La faute est à ceux qui n’ont pas compris le caractère turc, ont en quelque sorte enchaîné notre esprit. Nous sommes à l’époque  où les erreurs du passé doivent être réparées jusque dans leur racine. Nous réparerons ces erreurs.”
Dans l’Assemblée la loi fut discutée et votée à l’unanimité , et fut promulguée le 3 novembre 1928.                  

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Achik (XVII. siècle)

ACHIK


Je gémis comme les routes                               
Où caravanes ont passé.                                     
Je gémis comme les torrents                              
Qui descendent des cimes blanches.                  

Montagne où homme ne crie;                            
Montagne où biche ne brame,                           
Oiseau ne vole, cheval ne passe                         
Je gémis comme les montagnes.                         

Ma pauvre vie se dessèche                                 
Mon cœur bout et déborde.                               
Je gémis comme les disciples
Errant loin de leur maître.   

Ton image me quitte comme soleil couchant      
Mon sein de soupirs est troué;                           
Je gémis comme les maisons   
Dont l’homme est arraché.                                  

Comme les pierres détachées du mur                
Comme les pierres frappées de balles               
Comme les pierres marquées par la croix       
Je gémis comme les pierres des églises.            

Mon pauvre Achik ne sait ce qu’il fait                        
Il rêve d’être saint parmi les saints                  
Et il ne fait que gémir comme les âmes            
Qui prient du soir jusqu’à l’aube.    

                     
ACHIK (XVIIe siècle)         
trad. Sabahattin Eyuboğlu



Io gemo come le strade
Dove le caravane son passate.
Io gemo come i torrenti
Che scendono dalle cime bianche.

Montagne dove l' uomo non grida;
Montagne dove cerva non brama,
Uccello non vola, cavallo non passa
Io gemo come le montagne.

La mia povera vita si essicca
Il mio cuore bolle e straripa.
Io gemo come i discepoli
che errano lontano dal loro maestro.

La tua immagine mi lascia come sole che stende
Il mio petto di sospiri è trafitto;
Io gemo come le case
da cui l' uomo è stato strappato.

Come le pietre staccate della parete
Come le pietre colpite dalle pallottole
Come le pietre segnate dalla croce
Io gemo come le pietre delle chiese.

Il mio povero Achik non sa ciò che fa
Sogna di essere santo fra i santi
E non fa che gemere come i cuori
Chi pregano della sera fino all'alba.


ACHIK (XVII secolo)
Traduit par Liza

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